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Impôts 2018 : une année fiscale blanche, mais pas forcément pour vous

Les salariés du privé ne paieront pas d’impôts sur leurs revenus 2018. Année blanche oblige avant la mise en place du prélèvement à la source l’année prochaine. Mais tous les revenus sont-ils vraiment concernés ? Pas forcément !

Pour une grande majorité de Français, 2018 sera une véritable année blanche. Fiscalement parlant. "Mais pas au niveau de la trésorerie", prévient Philippe Doin, expert-comptable et gérant du cabinet Korus, à Montpellier. En effet, cette année, les contribuables vont payer leurs impôts sur leurs revenus de 2017. Et l’année prochaine, le prélèvement à la source sera mis en place. "Les revenus de 2018, eux, seront imposés (il faudra même remplir sa déclaration), avant d’être annulés par un crédit d’impôt", poursuit l’expert-comptable. Les revenus de 2018 ne seront donc pas taxés : c’est ce qu’on appelle une année blanche. Le but ? Éviter aux contribuables de payer deux impôts (2018 et 2019) la même année (en 2019).

Mais tous les revenus de 2018 sont-ils concernés par l’annulation ? "Non, prévient Philippe Doin, il faut faire la distinction entre revenus normaux et revenus exceptionnels". En effet, ces derniers seront, eux, soumis à l’imposition et le contribuable devra s’acquitter de son dû en 2019, en plus de l’impôt qui sera alors prélevé à la source. Pour éviter les mauvaises surprises et anticiper des problèmes de trésorerie, mieux vaut donc décortiquer sa situation dès aujourd’hui.

Pour vous aider à y voir plus clair, voici quelques cas concrets afin de savoir ce qui entre dans la catégorie de ces fameux "revenus exceptionnels". L’occasion de comparer également le montant de votre impôt sur le revenu avant et après la réforme.

Vous êtes salariés du privé

Vos revenus de 2018 seront annulés. S’ils ne sont constitués que de votre salaire. Les salaires sont en effet considérés comme des "revenus normaux", et donc concernés par l’annulation. Dans les faits, vous paierez cette année vos impôts sur le revenu 2017. Et l’année prochaine, vous paierez vos impôts sur le revenu 2019 grâce au prélèvement à la source.

À noter. Sont considérés comme "revenus normaux" : les salaires, les pensions de retraite, les pensions d’invalidité, les indemnités journalières, les allocations chômage, les pensions alimentaires, les rentes à titre onéreux, ou encore les revenus de source étrangère imposable en France.

Si vous décidez de toucher votre participation en 2018

"Si les salaires sont considérés comme des revenus non exceptionnels et sont donc concernés par l’annulation de l’imposition, précise Philippe Doin, la participation (ou l’intéressement) perçue, mais non affectée à la réalisation de plans d’épargne salariale, entre dans la catégorie des revenus exceptionnels et sera donc taxée". Dans les faits, vous paierez cette année vos impôts sur le revenu 2017. Et l’année prochaine, vous paierez vos impôts sur le revenu 2019 grâce au prélèvement à la source, ainsi que des impôts sur la participation perçue cette année. "Cet impôt sera à payer à partir d’août 2019, en plus de l’impôt prélevé à la source qui ne concerne que les revenus de 2019", explique l’expert-comptable.

Si vous touchez une prime en 2018

"Si elle accordée sans lien avec le contrat de travail et revêt un caractère discrétionnaire, prévient Philippe Doin, la prime entre dans la catégorie des revenus exceptionnels et sera donc taxée". Dans les faits, vous paierez cette année vos impôts sur le revenu 2017. Et l’année prochaine, vous paierez vos impôts sur le revenu 2019 grâce au prélèvement à la source, ainsi que des impôts sur la prime perçue cette année.

Si vous perdez/quitter votre emploi en 2018

"Le but est d’éviter les ruptures conventionnelles de complaisance", explique Philippe Doin. En clair, qu’un salarié puisse partir avec une somme rondelette et ne pas payer d’impôts grâce à l’année blanche. "Les indemnités versées à l’occasion de la rupture du contrat de travail ne seront donc pas considérées comme des "revenus normaux" et ne seront pas concernées par l’annulation", détaille l’expert-comptable. Une mauvaise nouvelle pour le salarié qui ne quitterait pas volontairement son emploi, mais se ferait licencier. Heureusement, la majeure partie de ces indemnités sont exonérées d’impôt sur le revenu si elles ne dépassent pas un certain plafond. Attention toutefois, ce n’est pas le cas de l'indemnité compensatrice de congés payés, de l'indemnité de non-concurrence ou des primes annuelles versées au prorata de la durée de présence dans l'entreprise qui, elles seront taxées. Dans les faits, vous paierez cette année vos impôts sur le revenu 2017. Et l’année prochaine, vous paierez vos impôts sur le revenu 2019 grâce au prélèvement à la source, ainsi que des impôts supplémentaires sur vos indemnités perçues cette année, si elles dépassent un certain plafond.

À noter. Les CDD ne sont pas concernés. Les indemnités versées à l’occasion de la rupture du contrat de travail seront considérées comme des "revenus normaux" et donc concernés par l’annulation.

Des impôts supplémentaires en 2019, mais à moindres frais

"Les salariés qui auront des impôts supplémentaires à payer en 2019, en raison de revenus jugés "exceptionnels" en 2018, seront quand même gagnants", explique Philippe Doin. Prenons par exemple le cas d’un salarié qui touche une prime de mobilité en 2018. "Pour calculer l’impôt dû en 2019 sur cette prime de mobilité perçue en 2018, détaille l’expert-comptable, l’administration fiscale appliquera le taux normal d’imposition (et non celui en vigueur jusqu’à présent) qui est bien plus avantageux".

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