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Vœux du gouvernement : Big Brother n’aurait pas fait mieux

C’est la tradition, nous avons chaque année droit aux vœux du gouvernement. Cette fois-ci, ils ont fait fort, très fort.

Merci cher gouvernement de penser à la sauvegarde des citoyens, du territoire et de traquer sans relâche le terrorisme ; gangrène en ton sein, en ton sol d’aliénés mentaux qui sous prétexte d’exégèse ou d’herméneutique, de connaissance de textes sacrés, se prêtent aux actes les plus odieux.

Merci cher gouvernement de faire en sorte de pouvoir tracer tous ceux qui, tapis dans l’ombre, utilisent les moyens modernes, internet, téléphone, sms pour se comporter comme des êtres passéistes qui, ancrés dans l’histoire dans ses épisodes les plus dévastateurs, ne visent que l’anéantissement de l’autre dans ce qu’il est.

Merci cher gouvernement de ce cadeau de Noël sécuritaire et de tes pieux vœux de protection de tes administrés, sincèrement merci de veiller sur nous.

Sarcasmes, remerciements sincères ? En outre, quels cadeaux de Noël ? Les vœux officiels n’ont par ailleurs pas eu lieu ; de quoi s’agit-il ?

Cette nouvelle a fait le tour des rédactions ; non que nous y soyons préparés le texte avait été adopté en décembre 2013 ; mais sa publication concrète un 24 décembre, en douceur, alors que tous sont affairés dans les préparatifs de Noël a de quoi laissé pantois.

En substance le cadeau que nous offre le gouvernement est le droit d’accéder aux informations de connexions, qu’elles soient fixes ou mobiles, de tout un chacun par simple demande aux opérateurs et sans justification.

Estimons-nous heureux, sans la lutte acharnée de la CNIL, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés, ce sont peu ou prou, informations et documents vous concernant qui auraient pu être accédés et analysés ; le texte initial étant suffisamment large et flou pour créer un boulevard aux services de renseignements mais pas que. Là-dessus, la CNIL n’y peut rien, outre le ministère de l’intérieur, de la Défense, il ne faut pas oublier celui des finances et comptes publics.

Ces ministères sont larges ; en vrac ont accès la DGSE (Direction Générale de la sécurité Extérieure, notre CIA à nous), la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure), la direction de la police, gendarmerie, préfecture de police, renseignement militaire, renseignement et enquêtes douanières ou bien encore, c’est plus surprenant, la sûreté régionale au sein de la sous-direction régionale de la police des transports.

Comme rien ne vaut une vérification par soi-même, si vous avez du temps à perdre, souhaitez vous informer et surtout vous faire peur, c’est ici que ça se passe Décret n° 2014-1576.

Sous couvert de lutte anti-terrorisme c’est donc un pan entier de notre liberté individuelle qui se trouve ainsi atrophiée ; est-ce bien, est-ce mal, est-ce justifié ?

C’est en tout cas légal, seuls des personnes dûment habilitées et qualifiées sous couvert d’un groupement interministériel de contrôle pourront sans motivation explicite demander l’accès. Impossibilité en revanche d’installer des appareils de contrôles et de surveillance impliquant sollicitation du réseau et transmission en temps réel ; traduisez mouchards ; sans intervention de des opérateurs téléphoniques ou fournisseurs d’accès internet.

Dès ce 1er janvier 2015, date d’entrée en vigueur du décret, devrions nous théoriquement nous considérer plus protégés. A priori, quiconque n’a rien à se reprocher ne peut finalement que se réjouir de ce type de texte. Comme quelqu’un qui n’a rien à cacher ne s’opposerait pas à se voir implanter une puce GPS dans la peau pour que l’état ou apparenté puisse savoir où il est allé ? Car nous en sommes proches ; c’est précisément ce que ce décret permet en récupérant par exemple les informations de connexion de votre mobile.

La lutte anti-terroriste se veut difficile et farouche, pouvoir accéder à ce type d’information est effectivement crucial ; nul ne s’y oppose. Toutefois un accès sans motivation par un organe étatique se rapproche d’une démarche dictatoriale à l’instar d’un big brother. Instaurer un tel outil, un tel pouvoir dans une république c’est accepter, pour des raisons politiques, de se détacher de ce droit qui se devrait inaliénable, celui de la liberté individuelle.

Ce n’est pas la finalité de ce décret qui est dérangeante, mais bien les chemins et travers usités pour y parvenir. La liberté individuelle, que nous croyons acquise et de fait, a pourtant bien été gagnée. Par des Français, par d’autres du temps d’autrefois qui ont lutté contre des injustices, des classes sociales, des modèles politiques qui se voulaient tout puissant. Qu’on s’en rappelle, la Vème république est bien une cinquième tentative d’harmoniser la vie républicaine française, de permettre, via une séparation des pouvoirs réduisant celui de l’exécutif, de concrétiser plus celui du législatif et judicaire.

Toute démocratie est par nature faillible puisqu’elle permet elle-même de s’auto-trahir et de s’auto pervertir ; poussée au paroxysme elle permet même théoriquement de voter pour la mise en place d’un tyran.

Le gouvernement ne s’arroge donc pas le droit de contrôler les communications puisque dans arroger il y a le côté illégitime des choses. Il s’octroie via des textes de loi un pouvoir des plus risqués, celui de s’auto suffire et de s’auto justifier, de prendre des raccourcis dans ses démarches. Mis en de mauvaises mains, ce n’est plus une aubaine mais un véritable cadeau de Noël.

Nous n’en sommes évidemment pas là, mais ce texte est par sa nature effrayant pour tout amoureux de la liberté.

Pour conclure, « La liberté individuelle, je le répète, voilà la véritable liberté moderne. La liberté politique en est la garantie ; la liberté politique est par conséquent indispensable. Mais demander aux peuples de nos jours de sacrifier comme ceux d’autrefois la totalité de leur liberté individuelle à la liberté politique, c’est le plus sûr moyen de les détacher de l’une et quand on y serait parvenu, on ne tarderait pas à leur ravir l’autre. » (Rousseau, Du contrat social).

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