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La SNCF attaquée aux Prud'hommes par des cheminots marocains "arnaqués"

Plus de 800 "chibanis" de la SNCF demandent aujourd'hui "réparation" à l'entreprise, pour ne pas avoir été traités équitablement. Le conseil des Prud'hommes de Paris va-t-il reconnaître la discrimination ?

L'info. 832 cheminots marocains et d'origine marocaine ont attaqué la SNCF aux Prud'hommes pour discrimination. Ils estiment ne pas avoir été traités de la même manière que leurs collègues durant ces dernières décennies et demandent l'application du principe d'égalité de traitement pour un même travail, surtout en ce qui concerne leurs retraites. La décision devrait être rendue le 21 septembre prochain.

Que demande chaque plaignant ? Cela fait plusieurs années que des plaintes sont déposées à l'encontre de la SNCF pour ces motifs. Jamais traitées individuellement, elles ont fini par être regroupées et examinées par le conseil des Prud'hommes de Paris cette semaine. Chaque plaignant réclame en moyenne 450 000 euros de dommages et intérêts -ce qui pourrait coûter plus de 350 millions d'euros à la SNCF-, ainsi qu'une application stricte de leurs contrats qui les assuraient du même traitement que les salariés français.

Pourquoi parle-t-on de discrimination ? Selon les cheminots qui demandent "réparation", leurs retraites sont inférieures à celles de leurs collègues ayant effectué les mêmes taches au cours de leurs carrières. Des carrières aussi qui souvent, n'ont pas pu évoluer. La raison : des CDI pour travailleur étranger, et non le contrat type proposé aux autres cadres permanents, qui ouvre le droit à de nombreux avantages notamment celui d'un statut de fonctionnaire. Ce contrat ne peut être obtenu que par les français de moins de 30 ans, et désormais aux ressortissants de l'Union européenne.

Un exemple, selon les plaignants qui ont le sentiment d'avoir été "arnaqués" : leur pension de retraite au bout de 40 ans ne serait que d'environ 1100 euros mensuels, ce qui est le minimum garanti à un cadre de la SNCF "au bout de quinze ans de service".

Que dit la SNCF ? L'avocat de la Société Nationale des chemins de fer français estime qu'il n'y a "nullement discrimination". La défense argue qu'il y a toujours eu deux statuts pour les salariés de l'entreprise.

Comment la SNCF a recruté au Maroc ? C'est dans les années 70 que la SNCF a beaucoup recruté au Maroc, quand la compagnie avait de gros besoins de main d'oeuvre. A cette époque, plus de 2000 personnes ont été recrutées.

Qui sont les "chibanis" ? "Chibani" signifie "cheveux blanc" en arabe. Le terme est utilisé pour désigner les "anciens", ces travailleurs immigrés qui sont venus en France travailler depuis le début des années 60 avec un statut de contractuel, notamment à la SNCF, et se sont souvent retrouvés lésés au moment de leur départ en retraite. Certains ont pu obtenir la nationalité française. Lundi, pour assister à l'audience prud'homale, ils étaient plus de 150 dans la salle.

Vu de Twitter. Sur le réseau social, de nombreux messages de soutien ont été postés ces derniers jours. "À travail égal salaire égal ! Soutenez les cheminots marocains pour dire stop aux discriminations !", a ainsi lancé l'association La Maison des Potes, qui a mené une action ce lundi. "Comment la SNCF a abusé de ces marocains pendants des années jouant sur leur méconnaissance de notre langue et de leur droit", estime Bill Carson. "Racisme ordinaire de la bourgeoisie d'Etat", a twitté P0litiK. "#EsclavageModerne" juge Almamy Mam Kanouté. Même jugement pour la journaliste Emmanuelle Souffi, qui a travaillé sur le sujet : "En vertu de la clause de nationalité, les marocains considérés comme des agents de 2nde zone". Evidemment, l'ironie est toujours présente chez certains. Comme chez cet internaute qui, avec cette action devant les Prud'hommes, prédit déjà : "Hausse des billets de train en vue..."

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